Les coulisses de l’implantation en Haute-Loire du «chemin de Saint-Jacques» How the «chemin de Saint-Jacques» in Haute-Loire came into being Jean
Chaize, juin 2003 Jean Chaize, l’un des premiers artisans à l’origine du
«Saint-Jacques», nous permet de publier l’article ci-dessous qui reprend une
communication qu’il a faite à la Société Académique du Puy. Cet article fondamental
raconte comment est né le GR 65. Compte tenu de l’importance acquise en Haute-Loire par
le Chemin de Saint-Jacques et des retombées procurées, il semble opportun
de consigner aujourd’hui, succinctement, l’histoire du réaménagement de
l’ancienne voie pèlerine, connue et présentée sous le sigle G.R. 65. Une
histoire récente me direz-vous, par rapport aux sujets habituellement
traités à la Société Académique, mais qui dans l’avenir risque de présenter
un certain intérêt auprès de nos compatriotes. En 1970, le délégué départemental des Sentiers de Grande Randonnée fut
pressenti pour créer un nouveau parcours reprenant l’ancien tracé suivi
autrefois par les pèlerins qui, assemblés au Puy, se dirigeaient vers
Saint-Jacques-de-Compostelle et dont le nom de code serait le G.R. 65.
Peu sensible à cette connotation historique et semi-religieuse, il s’abstint
de donner une suite personnelle à cette suggestion. Heureusement la secrétaire
de la délégation départementale des Sentiers de Grande Randonnée, enthousiasmée
par la perspective de faire renaître ce parcours historique proposa et
obtint d’en assumer la charge. Rapidement, un petit noyau également sensibilisé
par cette rénovation se constitua. Formé partiellement par des randonneurs
il s’accrut de diverses personnalités, civiles ou religieuses, entièrement
séduites par le thème exceptionnel proposé et toutes disposées à entreprendre
recherches et démarches indispensables pour aboutir à cette réalisation. Les apports de l’histoire En tout premier lieu, un inventaire des traces laissées par
ces lointains pèlerins intervint. Ce rapide recensement des écrits connus
fit apparaître d’énormes vides et beaucoup d’imprécisions. En outre, les
nombreuses voies possibles s’avérèrent d’autant plus incertaines qu’elles
pouvaient éventuellement se confondre avec celles du propre pèlerinage
à Notre-Dame du Puy. Si la littérature consacrée à la grande aventure
des jacquaires révélait l’immense besoin qu’eurent des milliers d’êtres
humains d’entreprendre ce voyage, elle ne sut fournir les indications
attendues. Ainsi, le Guide du Pèlerin pièce clé, car la plus ancienne.
se révéla bien évasif et discret quant au tracé de la via Podiensis. Par
contre, dans son ouvrage Les pèlerins du Moyen-Age , Raymond Oursel signalera
quelques tronçons de voies jugées fréquentées par nombre de sujets en
route pour la Galice. Soigneusement notés, ces échos, joints à ceux de
lieux où transparaissait le nom ou le souvenir de saint Jacques permirent,
lors des réunions tenues chez la secrétaire des Sentiers de G.R. , de
modeler l’esquisse du futur et moderne itinéraire En définitive l’on put noter en premier lieu avec certitude le parcours
ancestral allant du Puy au village de la Roche. Puis, la dédicace de l’église
de Bains à sainte Foy de Conques paru confirmer un lien étroit avec le
pèlerinage, lien que vint conforter un peu plus loin la petite et ancienne
chapelle de Montbonnet, dédiée a saint Roch. Au-delà des monts du Velay,
exempts alors de tout repère et quoique privée de témoignages concrets,
Saint-Privat d’Allier s’imposera vu sa situation géographique. Guère plus
loin, Rochegude et sa chapelle Saint-Jacques renouait les fils du tracé,
peu avant que l’Allier traversé, Monistrol et sa croix timbrée d’une coquille
n’impose l’existence crédible de l’ancien chemin. Enfin, deux autres lieux
marqués par la dévotion à l’apôtre Jacques, ponctuaient la route, orientant
les recherches. En premier, Saugues avec son ancienne chapelle Saint-Jacques
(détruite aujourd’hui) et son hôpital également place sous le vocable
de l’apôtre. Puis, au col de la Margeride, aujourd’hui connu sous le nom
de Saint-Roch, mais ou, voici bien des siècles furent construits chapelle
et refuge à I’intention des pèlerins en route pour Conques et la lointaine
Galice, et autres lieux… La recherche d’un tracé C’est autour de cette structure que va pouvoir se bâtir
la voie nouvelle. Mais, de nos jours, les liaisons entre ces divers points
n’apparurent pas systématiquement évidentes. L’exploration sur le terrain
s’imposera donc et durera pres de 18 mois. Pour cela et après maintes
discussions il fut décidé que l’on devrait prendre en compte et respecter
les notions suivantes : 1.- Définir et retenir un tracé cohérent, empruntant des chemins publics
facilitant la marche en toute sécurité, donc éliminant autant que faire
se peut les tronçons de routes goudronnées. 2.- Recueillir sur place, auprès des autochtones, toutes informations
sur les voies anciennes reliant les villages entre eux, puis, en complément,
chercher à savoir si pèlerinage et pèlerins ont laisse des traces dans
la mémoire collective locale. 3.- Enfin bien expliciter partout le projet de rénovation et d’implantation
de ce G.R. particulier en le situant dans la prolongation de l’antique
voie pèlerine dont le souvenir sera explicitement souligné. En complément, I’on précisera que ce sentier sera pourvu de balises blanches
et rouges uniquement destinées a servir de fil conducteur aux marcheurs,
à ne pas confondre avec des marques présageant des modifications cadastrales,
toujours mal acceptées par les populations. Vue ainsi, la prospection
facilitera les contacts avec la population rurale, annonçant le caractère
cordial, voire convivial des futurs marcheurs, ceux-ci ne devant pas être
assimilés à des gueux ou des voyous en puissance. Pour faciliter et résoudre
I’ensemble des problèmes préparatifs et prospectifs, des sorties dominicales
furent programmées. En vue de conforter et compléter le petit noyau de
bénévoles, des articles de presse invitèrent, semaine après semaine, amis
ou personnes intéressées à se joindre au groupe initial. Ainsi, pendant près de deux ans, ce sera entre trois et six voitures qui
sillonneront les routes du Puy à la Margeride, les chauffeurs débarquant
leurs occupants au point de départ des prospections, puis, au prix de
longs détours, allant se poster au terme du secteur proposé pour l’exploration,
évitant de ce fait aux bénévoles d’effectuer deux fois le même trajet.
Si dans les secteurs où la voie s’imposait d’elle-même, inchangée depuis
des temps immémoriaux, les reconnaissances furent facilitées, par contre
dans tous les endroits où une route moderne, très passagère, s’était superposée
au tracé ancien, nombreux furent les chemins annexes à explorer en vue
de déterminer un itinéraire aussi direct, propre à la marche en toute
sécurité, respectant au mieux l’orientation générale normalement suivie
par l’ancienne voie pèlerine. D’où passablement de va-et-vient,
de concertations avant de pouvoir opter pour la meilleure solution ou
jugée telle. II n’est pas dit d’ailleurs que ces diverticules obligatoires,
toujours formés de chemins empierrés reliant des villages
entre eux, n’aient pas également servi jadis aux pèlerins qui, en fait,
ne disposaient que du «bouche à oreille» pour avancer dans la bonne direction. Le balisage Après la période purement prospective, laborieuse à souhait
et une fois bien déterminé le tracé sur la carte, vint alors celle du
balisage proprement dit, dont les outils nécessaires : brosses, planes,
peinture furent fournis par le Federation des Sentiers. Cette dernière
phase vit le groupe revenir sur le terrain. Mais les précédentes allées
et venues de 10 à 20 personnes, les nombreux et cordiaux contacts échangés
avec la population ne furent pas perdus, les autochtones en les retrouvant
ne manquant pas d’aborder les baliseurs en ces termes amicaux : «voilà
les Saint-Jacques qui reviennent». L’empreinte du pèlerinage devenait
donc réelle, effective sur l’ensemble du nouvel itinéraire et les néo-pèlerins
pourraient venir sans risque d’être rejetés ou regardés de travers. Les gîtes Mais l’aventure ne sera pas terminée pour autant car deux
éléments très importants faisaient encore défaut. L’un demeurant celui
des gîtes capables d’héberger les marcheurs en fin de journée. Après étude,
trois sites s’imposaient entre Le Puy et l’entrée en Lozère, mais leur
aménagement dépassait les compétences et les possibilités du petit groupe
de bénévoles. Il fallut se résoudre à convaincre certains responsables
locaux de s’impliquer et s’intéresser à ce besoin propre au randonneur,
qui, le soir venu, après une journée de marche, aspire è trouver un toit,
un abri pour passer la nuit et récupérer de la fatigue. Saint-Privat d’Allier
fournit un premier lieu idéal pour ces pauses nocturnes. Le Maire, alors
Conseiller Général, qui s’était amicalement gaussé précédemment de l’équipe
et de son ambition, affirmant qu’il était utopique d’espérer voir des
marcheurs se lancer à l’aventure le long de ces chemins isolés, perdus
dans la nature, accepta néanmoins de réserver un lieu d’accueil dans un
immeuble communal, théoriquement vide au cours de I’été, car aménagé pour
héberger durant la mauvaise saison des personnes seules, trop isolées
du bourg pour demeurer chez elles. Puis, à I’autre bout du département,
au domaine du Sauvage, grâce à I’ amabilité du gardien et compte tenu
des nombreux bâtiments disponibles, il fut convenu que l’un d’eux pourrait,
sans trop de problème, recevoir les marcheurs avant qu’ils ne franchissent
la Margeride au profil bien désertique . En position intermédiaire, Saugues,
malgré tous ses commerces posera un problème car ne parvenant pas à dégager
d’emblée un lieu de repos adéquat. Heureusement le hasard y suppléa. Ayant
entendu que, sur le plan national, cent toiles de tente susceptibles d’accueillir
15 a 20 personnes étaient gracieusement fournies pour répondre aux besoins
d’organismes d’accueil passager, le groupe put, grâce à la célérité du
Maire et Conseiller Général de Saugues, obtenir liVraison de la dernière
tente disponible. Parvenue à Langeac, transportée a Saugues, installée
durant l’été, elle servira quelques années avant que d’autres types d’équipement
plus adéquats ne soient créés. Le premier topo-guide Si le G.R. 65, Sentier de Saint Jacques semblait alors opérationnel,
en Haute-Loire tout au moins, il manquait encore un élément complémentaire
bien indispensable pourtant, à savoir un topo-guide décrivant I’itinéraire
au fil du parcours. Rapidement et soigneusement élaboré, incluant pour
la première fois dans un descriptif divers éléments, particularités, curiosités,
légendes, échos d’histoire locale, etc. Terminé, ce document fut imprime
gracieusement par la Chambre de Commerce du Puy, dûment complété par des
cartes appropriées. Ainsi, fin 1972, la boucle se bouclait, les pèlerins
ou randonneurs pouvaient entreprendre leur périple, d’autant plus que
la Lozère et l’Aveyron, rapidement opérationnels permirent à la Fédération
Nationale d’éditer, sur les bases de notre mouture, un topo-guide officiel
couvrant le parcours du Puy à Conques. Si on connaît la suite de cette
initiative à travers son succès actuel, drainant annuellement sur le Puy
près de 10 000 personnes et d’autre part ayant abouti en 1998, lors de
l’inscription des Chemins de Saint Jacques au Patrimoine mondial, au
classement particulier de la cathédrale et de l’hôtel-Dieu du Puy. Mais, pour clore cet exposé succinct, il n’ est pas inutile de souligner
que la réalisation de cet itinéraire exceptionnel par son rayonnement
n’a pas coûté un seul centime aux finances publiques, villes ou département,
car s’avèrent l’œuvre exclusive de bénévoles qui n’hésitèrent pas, deux
années durant, à consacrer maints dimanches à cette tâche, parcourant
avec leurs voitures personnelles plusieurs milliers de kilomètres, dans
l’anonymat le plus complet. De ceux-là aussi, il convenait de faire état. Ce témoignage de pionnier est extrêmement
précieux en ce qu’il nous replace à la naissance de
ce chemin. Il nous a suggéré les commentaires suivants. La documentation était mince, réduite au Guide
du pèlerin . A défaut d’écrits mentionnant Compostelle
dont on cherchait le chemin, restaient des toponymes, des sculptures ou
des vestiges, comme des coquilles, qu’il fut tentant de considérer
comme des balises indiquant la route de Galice. Des quatre routes proposées, celle du Puy était la plus
séduisante, car la plus agreste, c’est par elle que le Comité
National des Sentiers de Grande Randonnée, décida de commencer.
Bien que peu connu pour ses sympathies religieuses, ce Comité fut
ainsi l’un des artisans du renouveau du pèlerinage à
Compostelle. (Comme le vent sur les plateaux de l’Aubrac ou de Castille,
l’Esprit souffle où il veut !) L’époque était favorable. Dans les années immédiatement
postérieures à 1968, les «nouveaux marcheurs»,
souvent des intellectuels en rébellion contre la société
de consommation et l’Eglise, étaient en même temps
demandeurs d’air pur et de marches à thèmes. Jean
Chaize rappelle que le livre de Raymond Oursel, « Les pèlerins
du Moyen Age », publié en 1963 les a beaucoup aidés.
Il y figurait une première carte des chemins du Puy à Conques
: archiviste-paléographe et résident secondaire dans l’Aubrac,
l’auteur s’était particulièrement intéressé
à cette région qu’il aimait et connaissait. Mais sur
le terrain le souvenir des pèlerins-marcheurs était bel
et bien perdu. Les paysans de la Haute-Loire les considéraient
comme des «gueux ou des voyous en puissance» et aucune autorité
ne pariait sur l’intérêt de tracer ces chemins. Cet article montre combien l’«authenticité historique»
du chemin retenu était fragile pour ces pionniers. Il permet de
mesurer à quel point cette authenticité a grandi dans l’imagerie
pèlerine jusqu’à devenir vérité indiscutable,
voire Tradition religieuse… Involontairement, il dévoile
toute la crédulité d’une frange de la société
d’aujourd’hui dont le besoin de merveilleux n’est pas
moindre que celui qu’on prête si facilement aux hommes du
Moyen Age. Dans son ouvrage, Raymond Oursel montrait bien que les routes médiévales
étaient parcourues par des millions de pèlerins. Il les
voit affluant au Puy, à Vézelay, à Saint-Gilles-du-Gard,
à Tours … et souligne que tous n’étaient pas
pèlerins de « Monseigneur saint Jacques de Galice »
… Mais, en 1970, la magie de Compostelle, favorisée par le
flou du Guide du Pèlerin commençait à s’imposer.
Ces sanctuaires, points de convergence ont été transformés
en points de rassemblement. Là où il manifestait des incertitudes,
ses successeurs n’hésiteront pas à voir des affirmations.
Ses hésitations ont été balayées, comme l’ont
été celles des pionniers qui reconstituaient des itinéraires.
Il n’est pas bien vu aujourd’hui de ramener à de justes
proportions ces déformations de la vérité au risque
de passer pour hérétique, surtout depuis que l’Eglise
a tardivement compris l’intérêt de ce renouveau du
pèlerinage. Il n’en est que plus urgent de rendre hommage
aux pionniers, de les remercier de leurs doutes et de leur modestie. On
a trop vite oublié que c’est à eux que l’on
doit tous les rêves générés par le chemin actuel,
et non à des fantômes soit-disant médiévaux
venus tout droit du XIXe siècle. Les visiteurs qui ne l’ont pas lu trouveront ci-dessous
deux pages extraites du livre de Raymond Oursel. En 1963, il n’avait
pas entrevu la vocation politique du dernier Livre du Codex Calixtinus ,
devenu le Guide du pèlerin ,
mais il porte un regard lucide sur la manière dont sont redessinés
les itinéraires routiers de son époque. LES QUATRE ROUTES FRANÇAISES : UNE VISION HEROiQUE ET GRANDIOSE. … A plus forte raison, une extrême variété d’itinéraires
était concédée au pèlerin de France, d’Allemagne ou d’Italie jusqu’à
la traversée des Pyrénées. Hors la recension des «corps saints», qui s’accommode
de bien des détours, le laconisme du Guide est total sur ce point, et
son intention apparaît bien moins de définir des axes infrangibles, que
d’étendre sur la surface du royaume franc, par une vision d’une poésie
intense, et comme en raccourci, l’éventail sacré qui la balaiera toute. II a bien choisi ses têtes de route, ou plus exactement, les sanctuaires
qui doivent drainer sur chacun des parcours les pieuses caravanes. Rien
ne serait cependant plus faux, encore une fois, que de considérer ces
métropoles, ainsi, d’ailleurs, que toutes les églises de pèlerinage énumérées
par le Guide, ou situées même hors des axes routiers de Compostelle, comme
de simples centres de transit ou d’hébergement. Chacune d’elles s’offre
en fait, à la fois comme un pôle puissant et attractif, et comme le nœud
d’un rayonnement régional souvent très étendu, et que bien des signes
expriment alentour. Sur elles convergent des écheveaux de routes et de
chemins, vastes étoiles dont elles sont le centre lumineux, et c’est à
elles, bien souvent, que s’arrêtera le pèlerinage, moins dispendieux peut-être,
mais aussi riche, en bien des cas, de grâces spirituelles que le long
cheminement d’Espagne. Saint-Martin de Tours, la Madeleine de Vézelay, Notre-Dame du Puy et Saint-Gilles,
ces quatre pèlerinages majeurs sont tous répartis à l’intérieur
des limites du royaume de France, telles que les a déterminées depuis
843 le traité de Verdun. Une distance sensiblement équivalente les sépare
à vol d’oiseau, de telle sorte que les branches de l’éventail soient elles-mêmes,
à peu de chose près, équidistantes. La figure est émouvante de ces réseaux
rayonnants qui, issus du nord, de l’est et du midi, s’en viennent fusionner
en un seul à la voix de l’Apôtre, image de l’Eglise qui, des quatre vents,
rameute les siens (Ezech., 37, 9), ou encore de cet éclair gigantesque
qui, parti de l’Orient, embrasera jusqu’au couchant la voûte du ciel,
signe du Fils de l’Homme redescendu sur la terre pour y juger les vivants
et les morts (Matt.J 24, 27). Si clair est le propos du rédacteur visionnaire
qu’il n’hésite pas à recommander aux pèlerins de Saint-GilIes ou de Saint-Martin,
après avoir accompli leurs dévotions aux tombeaux de ces confesseurs,
de rebrousser chemin pour visiter les sanctuaires d’ArIes et d’Orléans,
que la plupart avaient préalablement rencontrés sur leur route
! Le long de chaque itinéraire, les seuls jalons que le Guide assigne
sont, on l’a dit, ceux des «corps saints» dont il conseille le pèlerinage,
et que bien des lieues, parfois, séparent. Libre à chacun, dans l’intervalIe,
d’organiser ses étapes et les détours que sa ferveur ou sa fantaisie lui
suggère ! Ces incertitudes, les graves lacunes constatées, le défaut
de toute indication topographique ou routière, même sur le parcours poitevin
et aquitain que l’auteur connaît et pratiqua en personne, ont laissé les
historiens perplexes. L’on s’est, à grand labeur, ingénié à porter sur
la carte de France les beaux faisceaux des routes jacobites ; le modèle
du genre demeure la carte admirable, et puissamment évocatrice,
qu’en 1937 a brossée le Musée des Monuments Français. Fondée, au premier
chef, sur les enseignements du Guide elle a pour unique défaut de ne
pas distinguer sans ambiguïté les seules étapes que cet instrument permet
de pointer, et qui sont rares, de toutes celles que l’érudition s’efforce
de reconstituer sur ces parcours ou à leurs côtés . II en résulte un
réseau serré, fouillé certes et harmonieux, bien fourni de relais de toute
nature, sanctuaires figurés par des châsses, ou hôtelIeries représentées
par de petits portails ; cependant, les lignes continues qui relient
ce foisonnement de lieux consacrés ou célèbres et prétendent restituer
les parcours intermédiaires risquent en plus d’un cas d’apparaître quelque
peu gratuites et arbitraires. Pèlerins du Moyen Age, Paris, Fayard, 1ére
éd. 1963,(éd. 1978, pages 168-169)